Un « deux en un » raté à l’Opéra de Paris

Capture d’écran 2015-12-03 à 17.35.03L’Opéra de Paris n’en finit pas de se payer de fausses bonnes idées à prix d’or. Au mois d’octobre, c’était la reprise de la mise en scène de Don Giovanni par Michael Haneke – dispendieuse, vaine, particulièrement pénible par son caractère non abouti. En décembre, c’est la production conjointe du Château de Barbe-Bleue de Bartok et de La voix humaine de Poulenc, trouvaille douteuse dont s’étonne le chef d’orchestre lui-même, Esa-Pekka Salonen, interviewé dans Cadences.

L’idée ? Accorder deux partitions pas bien en phase autour du thème d’une « femme placée dans une situation extrême », dit le chef d’orchestre au journaliste. Le lien est ténu, pour ne pas dire facile (toutes les femmes à l’opéra ne sont-elles pas dans une telle situation ?), et le spectacle montre qu’on fait feu de tout bois à l’Opéra. La recette est simple : prenez deux oeuvres d’une heure au casting réduit (3 chanteurs en tout), agitez la créativité poseuse d’un metteur en scène bien au fait du budget à sa disposition (Krzysztof Warlikowski), et hop, voilà une soirée rentabilisée, un spectacle « deux en un » dont on vantera bientôt l’originalité.

Sauf que la recette peut tourner vinaigre. Musicalement, l’œuvre de Bartok n’est pas très enthousiasmante, et la dramaturgie achève de nous plonger dans un ennui phénoménal. Les héros ont beau faire des mines, se languir devant un décor lourdement symboliste, on finit par se moquer éperdument de leurs problèmes. Pour ma part, j’ai passé une bonne partie du temps à évaluer le coût exorbitant de ce décor (assez beau au demeurant), et à faire un bilan comptable entre le nombre des entrées (sur la base de 50€ en moyenne) et les salaires des chanteurs (trois, donc).

Arrivée à mi-parcours, j’ai essayé d’oublier mon dépit en m’intéressant au sort de la pauvre femme abandonnée, au centre de La voix humaine. Pour le coup, le metteur en scène a presque eu une vraie bonne idée : la chanteuse est filmée en pleine action et son image, projetée en grand format, donne une étrangeté intéressante à ce drame dont la vocation est plutôt intimiste. Mais le procédé, trop répétitif, injustifié, tourne court. Par chance, la performance vocale et théâtrale de Barbara Hannigan est impressionnante. On s’ennuie moins, mais c’est quand même raté : l’émotion ne sera pas au rendez-vous.

Le château de Barbe-Bleue de Bartok / La voix humaine de Poulenc

Palais Garnier – du 20 novembre au 12 décembre 2015

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